Le corps d’un père, l’âme d’un pays (Un homme qui crie)

Un film simple marqué d’une émotion hors du commun. Lors de sa sélection au festival de Cannes Un homme qui crie du réalisateur Tchadien Mahamat Saleh Haroun faisait déjà parler de lui. Cela faisait plusieurs dizaines d’années qu’un film africain n’avait pas été admis dans le cercle très prisé de la Compétition Cannoise. De plus auréolé d’un Prix Spécial du Jury, le film n’a pas quitté le festival sans laisser son empreinte.

Adam ancien champion de natation est maître nageur dans un grand hôtel récemment acheté par un groupe chinois. Mais il est remplacé par son fils. Il se retrouve déclassé socialement et occupe la fonction de garde-barrière. En parallèle, une nouvelle guerre éclate dans le pays et l’armée a besoin d’argent et d’hommes. Pour se venger de son fils, Adam décide de le donner à l’armée, une coutume très répandue au Tchad lorsqu’un père ne peut payer l’effort de guerre.


Comme chez Ozu, avec son très beau Il était un père (1942), Haroun s’arrête sur les relations père/fils. La justesse de ton et d’image du cinéaste n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle de son acolyte asiatique. Tout comme leur travail du hors champs ou encore les plans au ras du sol.
Sans Plagiat, Haroun crée, comme chez le cinéaste Japonais ou encore même chez l’Iranien Kiarostami, une bonne distance entre le récit et la mise en scène. Dans Un homme qui crie, il n’est pas question de marteler un dispositif émotionnel à coup de gros plans ou encore de changements de cadre. Il s’agit de donner une raison à un geste.


Dans une parenthèse théologique, Haroun s’intéresse ici à la faute et au pardon des pères. On en vient même à se demander si le film n’est pas non plus une prière au Père tout puissant quant aux innombrables enfants soldats qui enrichissent les milices tchadiennes.
Le cinéaste chercherait presque à expier les blessures de la guerre, voire à les purifier par l’importance de l’eau dans son film, que cela soit avec la piscine sur laquelle s’ouvre le film, ou encore le lac en fin de film. Cet élément tient une place non négligeable dans Un homme qui crie, toujours calme et paisible il apporte une sérénité aux personnages.
Loin du pathos, et grâce à la distance scénique Haroun se sort de tous les clichés attendus. Ses placements de caméra nous emmènent loin de toute quête de larme ou encore de la mythification d’un pays. Les rares gros plans expriment ou renforcent une idée. Lorsque la copine du fils enceinte chante pour lui et enregistre sur une K7 un message, on retrouve alors toute la force de ce réalisateur qui sait jouer avec les codes du cinéma afin de parvenir à une extrême douceur dans son propos et ses images.

Haroun signe une œuvre inoubliable. Et le génie de ce réalisateur est de savoir transmettre, à travers l’histoire d’un homme, toute l’âme d’un pays meurtri.


Un homme qui crie (sortie le 29 septembre 2010)
de Mahamat Saleh Haroun
avec Youssouf Djaoro, Diouc Koma

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